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My two cents

Avoir une startup et prendre trois semaines de vacances … une utopie ?

 

Si tu as besoin de quelque chose, juste à me l’envoyer avant Lundi. Après ça, je prends trois semaines de vacances, sans mon laptop.”

J’ai osé dire cette phrase à un client : ça m’a fait froid dans le dos. Il m’a juste répondu “Repose toi bien.”

Il faut dire que je suis entrepreneure, une profession où “vacances” semble faire partie du vocabulaire tabou. Entre fondateurs de startups, on se reconnaît à notre addiction au café et à notre manque de sommeil. C’est une fierté d’être occupé à 120%. Il y en a même qui m’ont dit ne jamais avoir besoin de congés, puisque depuis qu’ils ont fondé leur entreprise, “tous les jours c’est comme des vacances”.

Pourtant, j’étais réellement à bout. Trop de semaines de 70 heures. Trop d’occupation à 120%. Le café n’aidait plus vraiment… On a donc décidé de partir. Mais j’étais quand même incrédule: quand tu as déjà du mal à répondre aux courriels que tu reçois tous les jours, qu’est ce qui arrive si tu laisses le tout s’accumuler pendant trois semaines ?

Challenge accepted

Lundi, 20h, à l’aéroport. Pas de laptop dans les valises. Un peu plus tôt, je me suis sentie coupable de mettre mon message d’absence

Veuillez noter que je serai en congé du 13 Août au 2 Septembre…”

Est ce que nos clients vont croire que je suis fénéante ? Bon, tant pis. Qui vivra verra.

Au final, la première semaine de vacances a défié toutes mes attentes. J’avais même réussi à me sevrer de LinkedIn. Dans la maison de ma belle mère, en montagne, il y a un chat du nom de Smina qui règne en maître. Il dort beaucoup, et se réveille principalement pour manger. Smina était devenu mon maître spirituel: j’avais synchronisé mon rythme de vie avec lui. Le travail semblait loin…

10e jour: la rechute

Au milieu des vacances par contre, un doute m’a envahi : et si j’avais tort de me reposer ? Et si, dans tous les courriels que je n’ai pas lu, se cachaient des urgences que j’avais tort d’ignorer ? En proie à une panique soudaine, j’ai compulsivement fait défiler tous les courriels non lus, transféré ceux qui semblaient les plus urgents à mon co-fondateur et à l’équipe pour qu’ils s’en occupent.

Fière de ma prise de responsabilité soudaine, j’ai laissé un dernier message avant de retourner en mode vacances

– “Salut, j’ai transféré les courriels les plus urgents.”

La réponse fut directe

– “On s’était déjà occupés de tout ça”

Remise en question

J’ai mis quelques minutes à réaliser : la startup fonctionne très bien sans moi. Peut être même mieux ?

Me croyant indispensable, je m’étais mêlée du travail de l’équipe alors que tout était déjà sous contrôle.

Je me suis d’abord sentie un peu stupide. Et puis, peu à peu, ce sentiment a laissé place à quelque chose de beaucoup plus agréable : la fierté.

La prise de conscience

Oui, la compagnie fonctionne bien, avec ou sans moi. On a embauché des gens efficaces. Ça fait des mois qu’on optimise notre gestion de projet. On a même embauché un coach agile. On a travaillé fort pour que notre startup soit productive. Alors pourquoi avoir peur de prendre des vacances ?

J’ai fini par réaliser quelque chose : ce workoholism dont nous sommes souvent victimes, en tant qu’entrepreneurs, est ce un manque de confiance en l’équipe qu’on a bâti ?

Est ce qu’il y a une seule culture startup, où les fondateurs doivent être constamment fatigués pour prouver qu’ils travaillent, ou bien est ce qu’on a le droit d’envisager une autre alternative? Une alternative dans laquelle les entrepreneurs mettent l’effort nécessaire pour bâtir une équipe productive, puis se permettent de se reposer lorsqu’ils en ont besoin, parce que leur équipe est déshormais capable de se passer d’eux pendant quelques semaines.